Les enjeux éthiques de la chirurgie esthétique

L’Entrumpelung est une nouvelle de Dino Buzzati. Elle raconte l’histoire d’une société très particulière dans laquelle les personnes qui ont dépassé un certain âge sont tuées par des personnes plus jeunes. C’est la métaphore exagérée de notre société contemporaine où les rides, le relâchement de la peau, la lenteur sont mal vus.
Les plus anciens sont poussés vers la sortie, les actrices de 50 ans ont de moins en moins de rôle, et le mot senior est un euphémisme pour désigner quelqu’un qui n’est déjà plus dans la course. De sorte que s’ouvre un immense marché, marche de dupes, qui fait payer le prix de la vieillesse.

Bien entendu, ce n’est pas encore le moment de tuer les plus âgés, mais ils doivent payer ce changement dans leur organisme, sur leur visage. Et au premier chef, ils doivent faire en sorte de gommer ces stigmates du temps qui passe, les rides, la peau qui pend.

Il faut donc beaucoup d’éthique au chirurgien qui parle avec ces patients. Conscient qu’il agit comme un technicien au service de cet ordre discret mais puissant de rajeunir, il ne doit pas en profiter ni pour être méprisant, ni pour imposer n’importe quelle intervention.

C’est précisément parce qu’il a affaire à une forme de faiblesse que le spécialiste en chirurgie doit être mesuré, prévenant, à l’écoute. Un bon chirurgien esthétique ne renvoie pas à son patient âge, l’idée que sa démarche résulte d’un handicap esthétique, mais l’accompagne dans l’idée que la chirurgie plastique peut jouer un rôle social apaisant, rassérénant, et j’allais dire motivant.